Les innombrables adaptations théâtrales, musicales, cinématographiques ou même littéraires (copies, pastiches, abréviations) de son oeuvre, ont entretenu une méprise sur la personnalité de Jules Verne (1828 - 1905). Il n’était pas cet écrivain reclus, rédigeant des romans destinés à la jeunesse et aujourd’hui dépassés – pas davantage ce technophile prétendument visionnaire. Jules Verne était avant tout un grand voyageur, volontiers fantaisiste, un auteur de théâtre reconnu – et in fine un véritable écrivain parmi les plus traduits dans le monde.
Comment alors expliquer son impact sur les scientifiques, les auteurs, les aventuriers… ou sur le simple lecteur, quel que soit son âge ? Sans doute par ce don de faire s’épanouir nos désirs de découverte, d’étancher notre soif de savoir, d’imprimer en nos coeurs l’envie de prendre le large pour se frotter aux ultimes secrets du monde ! Qui n’a rêvé de fouler le sol d’une terre inconnue ? De croiser des créatures des premiers âges de la Terre ? D’entamer un tour du monde sur un simple pari et d’y rencontrer l’âme soeur ? Qui ne s’est imaginé en capitaine Nemo sur le pont du Nautilus, regard tourné vers l’infini, un sextant à la main… alors même qu’il se trouve chez lui, un livre à la main ! Lire Jules Verne, c’est arpenter l’univers sans quitter l’abri douillet de sa bibliothèque.
Ailleurs est mieux qu’ici, c’est certain. Mais la véritable découverte n’est pas attachée à une destination : elle réside dans le chemin qui y conduit. Jules Verne suit un programme précis d’appropriation par l’homme moderne de l’espace qui l’entoure. « Dépeindre toute la Terre », tel est le projet. Pour y parvenir, il doit envisager tout le savoir de son temps. Dans une intuition holistique d’une étonnante modernité, il sent que chaque discipline participe d’une connaissance globale, seule capable de rendre compte d’un univers complexe où tout n’est que relations et interdépendances.
Traversant un siècle de changements dont il est le porte-parole idéal, Jules Verne reste un merveilleux conteur dont l’écriture, toute en fluidité et rigueur à la fois, aura été au service d’une prodigieuse ambition intellectuelle.
Jules Verne vu par Nadar